Edouard Manet: Vie et travail matures

De 1862 à 1865, Manet participe à des expositions organisées par la galerie Martinet. En 1863, Manet épousa Suzanne Leenhoff, une Hollandaise qui lui avait donné des leçons de piano et avait donné naissance à son enfant avant leur mariage. La même année, le jury du Salon rejeta son Déjeuner sur l’herbe, œuvre dont la technique était entièrement révolutionnaire, et Manet l’exposa plutôt au Salon des Refusés (établi pour exposer les nombreuses œuvres rejetées par le Salon officiel). Bien que s’inspirant des œuvres du Concert pastoral des anciens maîtres – Giorgione (vers 1510) et du Jugement de Paris de Raphaël (vers 1517-1515), cette grande toile suscita une forte désapprobation et commença pour Manet cette «notoriété carnavalesque» dont il souffrirait pour la plus grande partie de sa carrière. Ses critiques ont été offensés par la présence d’une femme nue en compagnie de deux jeunes hommes vêtus de costumes contemporains; Au lieu de ressembler à une figure allégorique lointaine, la modernité de la femme rendait sa nudité vulgaire et même menaçante. Les critiques ont également été contrariés par la façon dont ces personnages ont été représentés dans une lumière dure et impersonnelle et placés dans un décor boisé dont la perspective est nettement irréaliste

Au Salon de 1865, sa peinture Olympia, créée deux ans plus tôt, provoqua un scandale. Le nu féminin étendu de la peinture regarde effrontément le spectateur et est représenté dans une lumière dure et brillante qui oblitère la modélisation intérieure et la transforme en une figure presque bidimensionnelle. Cette odalisque contemporaine – que l’homme d’État français Georges Clemenceau devait installer au Louvre en 1907 – fut qualifiée d’indécente par la critique et le public. Dans son dépit, Manet partit en août 1865 pour l’Espagne, mais, déteste la nourriture et frustré par son manque total de connaissance de la langue, il ne resta pas longtemps. À Madrid, il rencontre Théodore Duret, qui sera plus tard l’un des premiers connaisseurs et champions de son travail. L’année suivante, The Fife Player (1866), après avoir été rejeté par le jury du Salon sous prétexte que son mannequin était plat, fut exposé avec d’autres dans l’atelier de Manet à Paris.

Quand un grand nombre de ses œuvres furent rejetées pour l’Exposition universelle de 1867, Manet, à l’imitation de Gustave Courbet, qui eut la même idée, fit élever un étal au coin de la place de l’Alma et de l’avenue Montaigne, où en mai, il expose un groupe d’œuvres, y compris ses peintures de toréadors et de corridas. Il a montré environ 50 peintures, mais celles-ci n’ont pas été reçues plus favorablement qu’avant. Son travail de cette époque était de caractère varié, mais en général il semble représenter une plus grande préoccupation avec des relations étroites de ton et de complexités d’illumination et d’atmosphère, présentant parfois une liberté de manipulation comparable à celle de la musique aux Tuileries.
Très impressionné par le naturalisme de l’œuvre de Manet, le jeune romancier Émile Zola s’est engagé à en faire l’éloge dans un long et courageux article publié dans la Revue du XIX e siècle du 1er janvier 1867. Devant l’hostilité du public, Zola vit Manet en tant que représentant de tous les artistes importants qui commencent par offenser l’opinion publique. Manet a exprimé sa gratitude dans son portrait de Zola montré au Salon de 1868. L’année suivante Manet a exposé Le Balcon (1868-69), dans lequel il est apparu pour la première fois dans la figure de la fille espagnole assise avec son coude sur la balustrade, portrait de l’artiste Berthe Morisot, qu’il avait rencontré au Louvre. Dès lors, Morisot, qui allait devenir l’une des plus grandes impressionnistes françaises, visitait fréquemment l’atelier de Manet. Il a peint une série de portraits d’elle, jusqu’à son mariage avec son frère Eugène Manet.

Après les critiques positives publiées par Zola, Duret et le critique d’art Louis-Édmond Duranty, Manet au Salon de 1870 reçoit un hommage à la peinture, A Studio de Fantin-Latour à Batignolles, qui sert de manifeste en son nom. Cette grande toile montre la peinture de Manet, entourée de ceux qui étaient ses défenseurs à l’époque: Zola, les peintres Pierre-Auguste Renoir, Claude Monet et Frédéric Bazille, et le sculpteur Zacharie Astruc. La peinture a été caricaturée dans le Journal amusant sous le titre Jesus Painting Among His Disciples.

Pendant la guerre franco-allemande (1870-71), Manet fut lieutenant d’état-major de la garde nationale et témoin du siège de Paris. En février 1871, il rejoint sa famille et revient à Paris peu avant la Commune. Son atelier était à moitié détruit, mais il avait pris soin de ranger ses toiles dans un endroit sûr, et il les avait trouvées intactes. Le marchand d’art Paul Durand-Ruel acheta presque tout ce que contenait le studio de Manet, payant 50 000 francs dans la monnaie de l’époque. A partir de ce moment-là, Manet et ses amis se rencontrèrent au Café Nouvelle-Athènes, qui avait remplacé les Guerbois. En 1872, il visita les Pays-Bas, où il fut très influencé par les œuvres de Frans Hals. En conséquence, Manet peint Le Bon Bock (1873, The Good Point), qui remporte un succès considérable à l’exposition du Salon de 1873.

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